A la rencontre
des combattants 1914-1918
du Monument aux Morts de Constantine


La disparition d’une partie des plaques portant les noms des combattants commémorés et glorifiés par le monument aux morts de Constantine a incité à rouvrir le livre d’or remis à la ville au lendemain de la guerre 1914-1918. Chemin faisant, l’idée est venue d’une démarche plus exigeante mais plus porteuse de sens : aller à la rencontre de chaque combattant au jour même où sa vie a été interrompue.
Le livre d'or s'ouvre alors en autant de chapitres que de batailles et de secteurs du front.

Ce travail a été initié par Marcel Grima, qui m'y a associé.

Nous ne sommes pas allés fouiller les archives : nous avons travaillé à partir de la liste relevée par Monsieur Jean-Bernard Lemaire et publiée par Claude Soulier, laquelle liste a été complétée et amendée à partir de GenWeb.
Enfin nous l'avons comparée à des photos des plaques nominatives du Monument aux Morts.

Vous trouverez ci-dessous le résultat de notre travail sous la forme de deux documents au format pdf :

  1. La chronologie des opérations militaires permettant d'aller "A la rencontre des combattants 1914-1918 du Monument aux Morts de Constantine".

  2. La liste alphabétique des noms inscrits sur le Monument aux Morts incluant les renseignements concernant chacun de ces combattants.

Marcel Grima : mp.grima@wanadoo.fr
Serge Gilard : sergegilard@gmail.com

Un portail regroupant un grand nombre d'informations sur la guerre 14-18

En savoir plus sur le Monument aux Morts

Liste des 360 noms présents sur la plaque détruite tel qu'ils y figuraient

En référence à la déclaration de l'ex-maire de Constantine au journal Liberté Algérie, du 28 février 2013 , « Profanation du Monument aux Morts à Constantine Irréparable ! » :
"Nous sommes en train de voir avec la commission du patrimoine de la commune en vue de faire appel à des experts et à des historiens pour qu'ils nous fournissent les noms exacts de tous les soldats qui figuraient sur la plaque manquante. C'est un travail difficile, mais nous allons le faire tout de même. 
Sans suite à ce jour.


TRISTE 11 NOVEMBRE 2015 POUR CEUX DE CE LIEU QUE CELEBRE
LE MONUMENT AUX MORTS DE CONSTANTINE.

 

Il est le seul des trois principaux monuments aux morts de la guerre 1914-1918 encore présent dans cette contrée.
Celui d'Oran a été partiellement transféré et reconstitué à Lyon.
Celui d'Alger a été dissimulé sous une structure architecturale en béton.
Lui, à Constantine, imposant arc de triomphe perché au bord d'une falaise face un vaste horizon, surmonté de cette Victoire ailée qui devint, en 1943, l'emblème de la 3ème DIA, a traversé sans coup férir les fluctuations de l'Histoire.
C'est ainsi que, malgré son état précaire, il demeure l'auguste, paisible et glorieux symbole érigé à la Mémoire de Ceux de ce lieu, de toutes cultures et conditions sociales, qui ont contribué, voilà un siècle, jusqu'au sacrifice de leur vie, à sauver la France, son territoire et sa souveraineté, d'une puissante et fatale agression.
D'où lui vient sa singulière situation ?

Lorsqu'ils furent contraints à l'exil, les habitants de cette grande ville de l'est du pays eurent à cœur d'emporter leurs statues et cloches familières.
Démonter et transporter leur monument aux morts leur était impossible. Ils ne pensèrent pas à en déboulonner les plaques nominatives, comme on le fit dans d'autres localités... 810 noms y sont inscrits :
« Chaque monument aux Morts a une épitaphe qui lui est propre ; »
« Chacun des noms qu'il commémore, qu'il glorifie, la compose, »
« Chacun des noms avec la date et le lieu de son dernier combat, »
« Chacun des noms avec l'unité combattante, ses frères d'armes, »
« Chacun des noms avec son expérience directe de la guerre, »
« Chacun des noms avec sa farouche volonté d'en revenir, »
« Chacun des noms, visage et regard singuliers à jamais figés. »

Insensiblement, à son insu, ce monument aux morts est entré dans une sorte de double vie.
D'une part, selon qu'il est considéré par les habitants d'hier, ou par ceux d'aujourd'hui.
D'autre part, selon qu'ils s'intéressent uniquement à lui, en tant qu'édifice, ou qu'ils sont également sensibles aux 810 Combattants qu'il commémore et qu'il glorifie :
« Chacun aspirait à une existence heureuse et l'a sacrifiée,»
« Chacun pour une cause et pour un avenir qui le dépassaient,»
« Chacun durement éprouvé, craignant pour les siens et eux pour lui,»
« Chacun trouvant réconfort dans la solidarité des soldats, »
« Chacun d'eux tour à tour entré dans l'Histoire, en avons-nous conscience ? »
« Chacun son jour de deuil et son jour de gloire étrangement mêlés, »
« Chacun méritait de survivre, les monuments aux Morts y veillent »

Les habitants d'hier, contraints à un exil soudain, dont le syndrome se manifeste encore, ont noué avec ce monument aux morts une relation essentiellement nostalgique, hors du temps, comme s'il avait été relégué dans des réserves muséales pour n'en plus sortir. Ils y sont toujours attachés, l'évoquent et le montrent dans leurs sites telle une relique. Il leur arrive même de s'inquiéter de ce qu'il devient, de déplorer son manque d'entretien, sa dégradation. Mais ils sont insensibles à une restauration qui garantirait sa pérennité : ce n'est plus leur affaire !
Du coup, la préoccupation des combattants de la Première Guerre mondiale, de Ceux de ce lieu, de toutes cultures et conditions sociales, qui ont contribué jusqu’au sacrifice de leur vie à sauver la France, son territoire et sa souveraineté, et pour la mémoire et la glorification desquels ce monument aux morts a été édifié, cette préoccupation est passée au second degré, leur a échappé, voire a fini par les laisser indifférents.

Les habitants d'aujourd'hui, eux, n'ont pas renié ce monument aux morts édifié par les Français, tant il fait corps avec le site pittoresque où il est érigé et constitue l'un des emblèmes de la ville. Depuis des années, la presse algérienne lui consacre de nombreux articles, louant son attrait touristique mais aussi fustigeant l'abandon où l'a laissé l'administration locale, et dénonçant des projets de mise en valeur restés sans suite... Mais ce n'est pas tout.
En 2013, alors que disparaissait une partie des plaques nominatives portant les noms de 360 Combattants, une motion, « halte au viol de Constantine », a dénoncé « un acte barbare » commis par des vandales « inconscients de leur geste et a appelé à un sursaut de dignité. » Le maire s'est alors engagé à « faire appel à des experts et à des historiens pour qu'ils nous fournissent les noms exacts de tous les soldats qui figuraient sur la plaque manquante... »
Sans suite à ce jour.

Voici donc comment, en ce temps de commémoration du centenaire de la première grande guerre mondiale, se pose la question de la préservation du dernier et significatif monument aux morts de la guerre 1914-1918 encore présent, et reconnu, au sud de la Méditerranée, à Constantine.
Un monument laissé sans entretien depuis un demi- siècle, et désormais en péril puisque rien ne semble bouger, ni pouvoir bouger, après le viol de sa mémoire en 2013.
Quelles que soient les dispositions administratives, voire diplomatiques, applicables en l'espèce, assurément plus complexes que les règles de gestion d'une réserve muséale, et quel que soit le lieu où l’on exerce sa souveraineté, au sud ou au nord, au nord ou au sud, qui ne voit l'insupportable conséquence de ne rien faire pour sa préservation, pour sa rénovation ?
Ne rien faire, ne serait-ce pas le désaveu, sournois et cruel, de Ceux de ce lieu, de toutes cultures et conditions sociales, qui ont contribué, voilà un siècle, jusqu'au sacrifice de leur vie, à rétablir la Paix dans un monde qu’embrasa une soif inhumaine de conquête et de domination ?

Certes, depuis, que de fluctuations de l'Histoire se sont manifestées !
En quoi ces glorieux Combattants de 1914-1918 en seraient-ils responsables ? Et quel préjudice devraient-ils en subir ?
Au front, aucun d'eux n'a démérité !
Bien au contraire, deux régiments de la division militaire de Constantine figurent parmi les vingt-quatre unités les plus citées de la guerre 1914-1918 : le 3ème Régiment de Marche de Zouaves et le 7ème Régiment de marche de Tirailleurs.
Plus d'un sur deux des combattants inscrits sur ce monument aux morts n'atteignirent pas leur vingt-cinquième année.
En 1915, ils furent 268 à périr, entre autres au cours des batailles de Champagne, d’Ypres, d’Artois, des Dardanelles…

« Chaque monument aux morts a une épitaphe qui lui est propre : »
« Chacun des noms qu'il commémore, qu'il glorifie, la compose, »...

A Constantine, cette épitaphe a été profanée avec la disparition d’une plaque nominative portant les noms de 360 Combattants.
« Chacun méritait de survivre, les monuments aux Morts y veillent. »
A Constantine, le monument aux morts est laissé à l’abandon depuis un demi-siècle.
Voilà pourquoi « Triste 11 novembre 2015 pour Ceux de ce lieu que célèbre le monument aux morts de Constantine. »
Que l’on exerce sa souveraineté au sud ou au nord, au nord ou au sud, jusques à quand y restera-t-on indifférent ?

Marcel Grima